Vivre-ensemble - Fri for Mobberi en éducation prioritaire : un levier durable pour le vivre-ensemble
À Tours, l’école Marie Curie, classée en REP, s’inscrit dans la recherche nationale menée autour du programme Vivre-Ensemble Fri for Mobberi, dédié au développement des compétences psychosociales et à la prévention du harcèlement scolaire. Dans un contexte marqué par la précarité et l’accueil d’élèves primo-arrivants, l’équipe éducative fait le pari d’un engagement collectif sur le long terme pour transformer durablement les relations entre enfants.
Une école REP face à des défis sociaux et langagiers majeurs
« On est sur une école avec des publics très défavorisés […] avec beaucoup de parents issus de l’immigration primo-arrivants », explique Clémence Navas, directrice de l’école. Avec 116 élèves répartis en 7 classes, l’école bénéficie de dispositifs adaptés (toutes petites sections, classes de grande section dédoublées), mais reste confrontée à des enjeux complexes : barrière de la langue, faible mixité sociale et précarité importante.”
La directrice insiste sur une réalité souvent invisible : « On avait des enfants qui n’étaient même pas capables de rentrer dans l’acte de communication. » Cette difficulté allait bien au-delà du langage : « Même le regard, le fait d’entrer en contact… ça n’existait plus. »
Dans ce contexte, travailler les compétences psychosociales devient une nécessité. « C’était un appel à l’aide. On n’avait plus les ressources en interne », confie-t-elle. L’entrée dans le programme s’inscrit donc dans une volonté d’agir concrètement, tout en contribuant à une recherche nationale. Une proposition de leur inspectrice de l’Education Nationale qui a su répondre à leurs besoins.
Un engagement collectif, soutenu par la formation et la recherche
La force de cette école est son adhésion marquée à la dimension longue de l’étude, tout en ayant la lucidité de la probable arrivée de nouveaux collègues. « On a tout de suite posé la question en conseil des maîtres : si on arrivait dans une école avec ce projet, est-ce qu’on adhérerait ? Et à l’unanimité, la réponse a été oui. »
Cet engagement sur huit ans est assumé comme une force : « Il y a une dynamique qui est instaurée. » Dans un contexte REP, où le collectif est essentiel, l’enjeu est aussi de transmettre cette dynamique aux futurs enseignants : « On croise les doigts pour que les nouveaux collègues adhèrent. »
L’équipe a été formée par la Fédération d’Indre-et-Loire de la Ligue de l’enseignement, via la formatrice Sarah Falconnet. Une formation marquante malgré son intensité : « Les collègues étaient contentes même si c’était dense. Et surtout, ça a créé de l’envie : le lendemain, tout le monde sautait sur les mallettes. »
Le programme séduit notamment par son aspect structurant : « Le fait d’avoir une mallette, une base, ça a beaucoup motivé l’équipe. On ne part pas de rien. »
L’Ami ours, une mascotte devenue moteur du quotidien
Mais c’est sans doute l’arrivée de l'ami ours qui incarne le mieux l’appropriation du programme. Pensée comme un véritable événement, son introduction a été soigneusement scénarisée : « Pendant deux semaines, l’ami ours nous envoyait des lettres, on le cherchait tous les matins dans l’école. »
Le jour de son arrivée, toute l’école est mobilisée : “On a fait des tests avec un parachute en se disant “on ne peut pas le faire voler avec le parachute”, il va arriver sur le toit et après ?”.
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“On voulait que chaque enfant puisse accueillir l'Ami ours.”Grâce à cette mise en scène collective, l’Ami ours devient immédiatement un repère |
Aujourd’hui, il fait partie intégrante de la vie scolaire : « C’est devenu un petit copain supplémentaire dans l’école. Ça y est, j’ai 117 élèves ! » Chaque classe lui a aménagé un espace, et son rôle est vraiment celui d’un outil pédagogique : « Dès qu’il est là, les enfants ont envie de lui faire plaisir. Le regard de l’ami ours, ça compte beaucoup. »
Véritable médiateur, il facilite les interactions : « Pour des conflits ou des enfants tristes, c’est un vrai coup de pouce. » Un atout précieux dans un contexte où le langage n’est pas toujours accessible.
Des premiers effets visibles, des perspectives ambitieuses
Malgré une mise en place récente, les premiers effets sont déjà perceptibles : « On a des changements de comportement, des changements de façon de faire. »
À moyen terme, l’équipe vise une transformation plus profonde des relations entre élèves : « J’aimerais que les enfants arrivent à trouver eux-mêmes des solutions dans la gestion des conflits. »
Et au-delà, une ambition forte émerge : « Si dans quelques années, nos élèves sont capables d’agir, de s’entraider et d’intervenir face à une situation difficile, alors là, on aura vraiment gagné quelque chose. »
Photos @Ecole Marie Curie, Tours
