-PROFESSIONNELS, Témoignage-Apprendre à grandir ensemble, dès la maternelle
Chrystelle Titeux, Directrice du groupe scolaire Mille Visages à Chanteloup-les-Vignes (78), témoigne de sa riche expérience du programme Vivre-ensemble - Fri for Mobberi. Son école, pilote sur le programme en France bénéficie d’un rare recul.
Pouvez-vous nous expliquer comment le programme a été mis en place dans votre école ?
Nous avons découvert le programme en 2023, et nous nous sommes engagés dans un projet sur trois ans autour du développement des compétences psychosociales, avec l’objectif d’améliorer le climat scolaire.
Une première partie de l’équipe a été formée en 2023, puis l’ensemble de la communauté éducative en 2025 : enseignants, ATSEM et personnel périscolaire. Cela nous a permis de déployer progressivement le programme dans toute l’école, de la maternelle à l’élémentaire.
Quelle place occupe l’Ami Ours dans votre école ?
L’Ami Ours est devenu un repère très fort pour les élèves.
« Contrairement à ce qu’on pourrait penser, même les plus grands s’en saisissent. »
Il accompagne les enfants dans les activités, mais aussi dans la gestion des émotions. Il peut les aider à prendre la parole, à se mettre au travail ou à retrouver du courage.
Par exemple, un élève très fatigué ne voulait plus travailler. En prenant l’Ami Ours avec lui, il a réussi à reprendre son activité. Ce sont des choses très concrètes, mais qui changent beaucoup de choses.
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Repère de l'Ami ours à l'école Mille Visages de Chanteloup-les-Vignes @Chrystelle Titeux |
Qu’observez-vous du côté des élèves ?
On voit rapidement des évolutions dans les relations entre eux.
Les enfants sont plus attentifs aux émotions des autres. Ils vont spontanément soutenir un camarade ou chercher l’Ami Ours pour le réconforter.
« Il n’y a plus de témoin passif. »
Les élèves réagissent davantage : certains vont dire stop, d’autres vont demander de l’aide à un pair ou à un adulte.
Les temps d’échange permettent aussi aux élèves de développer leur langage, leur capacité d’analyse et leur empathie, y compris pour ceux qui prennent moins facilement la parole.
Quels effets observez-vous sur le climat scolaire ?
Le climat scolaire s’est apaisé assez rapidement.
Nous avons eu très peu de situations nécessitant de faire appel au pôle harcèlement. Les élèves sont plus attentifs les uns aux autres, mais aussi aux adultes.
Un élève, par exemple, est venu alerter un adulte en voyant un camarade en pleurs. Avant, il serait probablement passé à côté.
Le programme a-t-il un impact sur les adultes ?
Oui, clairement.
Les équipes sont plus attentives aux émotions des élèves et à leur écoute. On fait aussi davantage attention à la notion de consentement.
« Avant, on faisait parfois un câlin de manière automatique. Aujourd’hui, on demande : de quoi as-tu besoin ? »
Les outils du programme nous amènent aussi à réfléchir à nos pratiques et à anticiper certaines situations.
Quelles sont les prochaines étapes pour vous ?
Nous avons encore du travail, notamment pour embarquer davantage les familles.
Nous organisons des temps d’échange comme les cafés des parents, en utilisant les outils du programme. Ce sont des moments importants, qui permettent de faire évoluer les regards.
Selon vous, qu’est-ce que le programme change en profondeur ?
Ce qui change vraiment, c’est qu’on n’attend plus que les situations apparaissent.
On agit davantage en amont, dans le quotidien.
On passe d’une logique de réaction à une logique de prévention.
