Enquête Enabee : les compétences psychosociales ne sont pas un “plus” éducatif, mais un socle protecteur
Fin janvier 2026, de nouveaux résultats de l’enquête Enabee (Étude nationale sur le bien-être des enfants) rappellent une réalité qu’on associe trop souvent au collège : le harcèlement entre pairs existe dès l’école élémentaire, et ses effets sur la santé mentale peuvent être lourds.
C’est dans ce contexte que Mathis Ferrault, du programme Vivre-ensemble - Fri for Mobberi au sein de la Fédération de Paris de la ligue de l’enseignement, est intervenu dans Le Grand Entretien de La Matinale de 19h sur Radio Campus Paris. Message central : agir tôt, avant que la violence ne s’installe, en s’appuyant sur le développement des compétences psychosociales (CPS) dès la petite enfance.
Enabee : des constats sans appel… dès 6 ans
Enabee s’appuie sur une approche croisée (parents / enseignants) et documente, chez les enfants scolarisés en élémentaire, des niveaux d’exposition et d’implication qui obligent à repenser le calendrier de la prévention.
Chiffres clés publiés en janvier 2026
- 16,4 % des enfants sont identifiés comme victimes probables de harcèlement ;
- 17,9 % présentent des comportements agressifs ;
- 6,1 % cumulent victimation et agressivité.
Ces résultats ne renvoient pas à de simples “conflits ordinaires”. Ils décrivent des dynamiques relationnelles (domination, isolement, disqualification, effet de groupe) qui, lorsqu’elles s’installent, deviennent plus difficiles à déconstruire. D’où l’enjeu martelé : intervenir le plus tôt possible, avec une prévention qui transforme les contextes de vie et les compétences relationnelles avant l’apparition des violences.
Harcèlement et santé mentale : un lien déterminant (et très précoce)
L’apport majeur d’Enabee, au-delà des prévalences, tient au lien robuste entre implication dans des situations de type harcèlement et indicateurs dégradés de santé mentale (émotionnel, oppositionnel, inattention/hyperactivité).
Le gradient est particulièrement marqué chez les enfants qui cumulent victimation et agressivité :
40,9 % présentent au moins un trouble probable de santé mentale, contre 6,8 % chez les enfants non impliqués.
Point crucial pour orienter l’action : Enabee rappelle que l’agressivité peut fonctionner comme un mécanisme de protection face à une détresse émotionnelle. Autrement dit, répondre uniquement par la sanction rate une partie du problème : la prévention efficace articule compréhension, accompagnement et sécurisation des environnements.
Les CPS : un levier de prévention “en amont” de la violence
Les compétences psychosociales (CPS) sont définies comme un ensemble de compétences cognitives, émotionnelles et sociales qui soutiennent le bien-être psychique et la qualité des relations. Santé publique France les présente comme un levier essentiel de promotion de la santé mentale et de prévention de comportements à risque, dont les violences et le harcèlement.
Dans l’entretien sur Radio Campus Paris, l’argument est direct : les CPS ne sont pas un “plus” éducatif, mais un socle protecteur. Elles soutiennent la capacité des enfants à :
- identifier et réguler leurs émotions ;
- communiquer, coopérer et résoudre des conflits ;
- développer l’empathie et comprendre la place de l’autre ;
- résister à la pression du groupe ;
- demander de l’aide et chercher du soutien.
Vivre-ensemble – Fri for Mobberi : prévenir avant la crise, travailler la dynamique de groupe
C’est précisément l’ADN du programme Vivre-ensemble - Fri for Mobberi : prévenir le harcèlement en agissant sur la dynamique collective et le vivre-ensemble, plutôt que d’attendre l’émergence d’un “cas”.
Dans son intervention, Mathis Ferrault insiste sur un aspect souvent sous-estimé : la prévention efficace n’est pas seulement un “message” contre le harcèlement, c’est une culture partagée (adultes / enfants) qui rend :
- les humiliations moins tolérables,
- les exclusions moins invisibles,
- l’entraide plus accessible.
Les données Enabee publiées en janvier 2026 positionnent clairement le sujet : le harcèlement concerne l’enfance, dès le primaire, avec des impacts mesurables sur la santé mentale.
La ligne d’action la plus cohérente, au coeur du programme Vivre-ensemble - Fri for Mobberi, est donc : prévenir dès la petite enfance, avant la première crise, en renforçant les CPS et en outillant les adultes qui font vivre les collectifs au quotidien.
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